Prévoyance

Invalidité des indépendants : que verse vraiment la Sécu ?

Gérant de SARL, entrepreneur individuel ou micro-entrepreneur : si un accident ou une maladie t’empêche durablement de travailler, la CPAM peut te verser une pension d’invalidité. À quelles conditions, combien, et pourquoi elle ne verse rien sous 66 % ? Voici les règles 2026, avec trois exemples chiffrés.

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Un arrêt de travail est temporaire : tu reprendras ton activité. L’invalidité, elle, dure : ton état de santé s’est stabilisé, mais ta capacité à travailler et à gagner ta vie reste fortement réduite, parfois jusqu’à la retraite. Pour les indépendants, la Sécurité sociale prévoit une pension d’invalidité, mais ses règles réservent de mauvaises surprises : rien sous 66 %, un montant plafonné, et un calcul qui n’a rien à voir avec celui des assureurs. Cet article reprend la vidéo étape par étape.

Qui est concerné ?

Les règles de cet article s’appliquent aux travailleurs non salariés (TNS) dont l’invalidité est gérée par la CPAM, depuis l’intégration de la Sécurité sociale des indépendants au régime général :

  • Gérants majoritaires de SARL ou d’EURL
  • Entrepreneurs individuels (EI)
  • Micro-entrepreneurs

Ce qui ne s’applique pas, ou pas de la même façon :

  • Professions libérales réglementées (médecins, kinés, experts-comptables, architectes…) : l’invalidité est gérée par leur caisse de la CNAVPL, avec ses propres règles.
  • Président de SAS ou de SASU : il relève du régime des salariés.

Qu’est-ce que l’invalidité ?

Au sens de la Sécurité sociale, l’invalidité est une incapacité durable : ta capacité de travail ou de gain est réduite d’au moins deux tiers, soit 66 %, sans perspective de reprise normale.

Définition : une incapacité durable, la capacité de travail ou de gain est réduite d’au moins deux tiers, sans perspective de reprise normale. Pour être reconnu invalide : capacité réduite d’au moins 2/3 (au moins 66 % de capacité perdue), un état stabilisé (pas une incapacité temporaire comme l’arrêt), reconnu par le médecin-conseil de la CPAM après examen médical. Rappels : arrêt = temporaire, invalidité = durable ; révisable si l’état évolue ; jusqu’à l’âge légal de la retraite.
Slide 1 de la vidéo : la définition de l’invalidité et les trois conditions pour être reconnu invalide.

Pour être reconnu invalide, trois éléments sont nécessaires :

  • Une capacité réduite d’au moins 2/3 : tu as perdu au moins 66 % de ta capacité à travailler ou à générer un revenu.
  • Un état stabilisé : ce n’est plus une incapacité temporaire comme un arrêt de travail.
  • Une reconnaissance par le médecin-conseil de la CPAM, après examen. Ce n’est ni ton médecin traitant ni un spécialiste : ils peuvent seulement lancer la demande avec un certificat.

Qui peut toucher une pension d’invalidité ?

Trois conditions. 2/3 de capacité perdue : au moins 66 % de capacité de travail ou de gain, en dessous 0 € de la Sécu. 12 mois d’affiliation, comme pour les indemnités journalières, avec des cotisations minimales et à jour. Moins de 62 ans, avant la retraite : la pension s’arrête à l’âge légal de départ, puis retraite pour inaptitude. Qui est concerné : gérants majoritaires de SARL, entreprises individuelles, micro-entreprises.
Slide 2 de la vidéo : les conditions pour toucher une pension d’invalidité.
2/3de capacité de travail ou de gain perdue, au minimum
12 moisd’affiliation, avec des cotisations à jour
< 62 ansla pension s’arrête à l’âge légal de la retraite
  • Au moins 12 mois d’affiliation et des conditions de cotisations, comme pour les indemnités journalières.
  • Ne pas avoir atteint l’âge légal de la retraite. À cet âge, la pension d’invalidité s’arrête et elle est remplacée par une retraite pour inaptitude.
  • Avoir perdu au moins deux tiers de ta capacité de travail ou de gain. En dessous, la Sécurité sociale ne verse rien.

Comment est-on reconnu invalide ?

Le plus souvent, l’invalidité arrive au bout d’un long arrêt de travail. Le parcours type compte cinq étapes :

1. Arrêt de travail : indemnités journalières, jusqu’à 3 ans. 2. État stabilisé, ou fin des droits aux indemnités. 3. Demande : par vous, votre médecin ou la CPAM. 4. Médecin-conseil : évalue l’état, l’âge, le métier, la formation. 5. Décision : catégorie 1, 2 ou 3 et pension mensuelle. Rappels : pension révisable si l’état évolue, versée chaque mois à terme échu, à la retraite pension pour inaptitude.
Slide 3 de la vidéo : les cinq étapes pour être reconnu invalide.
  1. L’arrêt de travail : tu touches des indemnités journalières, jusqu’à 3 ans.
  2. L’état se stabilise, ou tes droits aux indemnités journalières prennent fin.
  3. La demande : elle peut venir de toi, de ton médecin traitant ou de la CPAM elle-même.
  4. L’examen par le médecin-conseil : il évalue ton état général, ton âge, tes facultés physiques et mentales, ton métier et ta formation.
  5. La décision : la CPAM te classe en catégorie 1, 2 ou 3 et fixe ta pension, versée chaque mois.

Le seuil des 66 % : tout ou rien côté Sécu

C’est le point le plus important de la vidéo. Côté Sécurité sociale, le seuil des deux tiers est une condition d’accès, pas un barème.

Jauge du taux d’invalidité reconnu, de 0 à 100 % : moins de 66 %, 0 € de la Sécu ; à partir de 66 %, pension d’invalidité. Sous 66 % : aucune pension, même à 50 % d’invalidité la Sécu ne verse rien. Au-dessus : une catégorie, le montant dépend de la catégorie et non du taux exact. Le calcul proportionnel au taux, c’est la logique des assureurs.
Slide 4 de la vidéo : le seuil des 66 %, tout ou rien côté Sécu.
  • Sous 66 %, aucune pension. Même avec 50 % d’invalidité, la Sécu ne verse rien : il n’y a pas de pension proportionnelle à ton taux.
  • Au-dessus de 66 %, une catégorie. Le montant dépend de la catégorie dans laquelle tu es classé, pas de ton taux exact : on peut être reconnu invalide à 70 % et rester en catégorie 1.

Combien verse la Sécu ? Trois catégories

Pension = revenu moyen des 10 meilleures années, plafonné au Pass, × 30 % ou 50 %. Catégorie 1, 30 % : vous pouvez encore exercer une activité, maximum 1 201,50 € par mois. Catégorie 2, 50 % : vous ne pouvez plus travailler, maximum 2 002,50 € par mois. Catégorie 3, 50 % plus une majoration : besoin d’une tierce personne au quotidien, plus 1 298,44 € par mois. Montants bruts 2026, minimum 530,21 € (catégorie 1) et 747 € (catégorie 2) par mois, CSG-CRDS et impôt sur le revenu.
Slide 5 de la vidéo : les trois catégories d’invalidité et leurs montants maximum.
Pension d’invalidité des indépendants : montants mensuels bruts 2026
CatégorieTauxMinimumMaximum
Catégorie 1tu peux encore exercer une activité30 %530,21 €1 201,50 €
Catégorie 2tu ne peux plus travailler50 %747 €2 002,50 €
Catégorie 3tu ne peux plus travailler et tu as besoin d’une tierce personne : + 1 298,44 € de majoration50 %747 € + 1 298,44 €2 002,50 € + 1 298,44 €

Ces montants sont bruts : la CSG (8,3 %), la CRDS (0,5 %) et la Casa (0,3 %) sont prélevées, avec des taux réduits possibles, et la pension est soumise à l’impôt sur le revenu. Elle est versée chaque mois, jusqu’à l’âge légal de la retraite.

Ce que ça donne concrètement

Trois profils types, avec un revenu stable :

Invalidité totale, gérant à 70 000 € : 34 % de son revenu. Catégorie 1 : 40 % de moins, soit 625 €, 750 € et 1 201,50 € par mois. Plafond = Pass 2026 : au-delà de 48 060 € par an, la pension n’augmente plus. Jusqu’à la retraite : une perte de revenu qui peut durer des années. Revenu mensuel comparé à la pension de catégorie 2 (brut) : micro-entrepreneur à 50 000 € de CA en prestations, 2 083 € contre 1 042 € ; artisan à 30 000 € de revenu, 2 500 € contre 1 250 € ; gérant de SARL à 70 000 € de revenu, 5 833 € contre 2 003 €.
Slide 6 de la vidéo : un gérant à 70 000 € ne touche que 34 % de son revenu en invalidité totale, et trois exemples.

Ce que ça implique :

  • En invalidité totale (catégorie 2), tu touches au mieux la moitié de ton revenu moyen. Au-dessus du Pass, le pourcentage chute : 34 % pour un gérant à 70 000 € par an.
  • En catégorie 1, la pension est 40 % plus basse qu’en catégorie 2 : 625 €, 750 € ou 1 201,50 € par mois pour nos trois profils.
  • Cette perte de revenu peut durer des années, jusqu’à la retraite.

Comment protéger tes revenus jusqu’à la retraite ?

Pour compléter la pension de la CPAM, il existe les contrats de prévoyance individuels pour TNS. Leur garantie invalidité fonctionne différemment : l’assureur verse une rente selon ton taux d’invalidité, fixé par son propre expert, indépendamment de la catégorie de la Sécu.

Graphique par taux d’invalidité (20, 33, 50, 66, 80 et 100 %) avec une ligne à 100 % du revenu. En vert, la pension de la CPAM, seulement à partir de 66 %. En jaune, la rente de l’assureur, proportionnelle entre 33 et 66 %, totale au-delà. En gris, le non versé, sous le seuil du contrat. Exemple : gérant à 70 000 €, rente garantie à 100 %.
Slide 7 de la vidéo : la prévoyance verse une rente selon le taux d’invalidité.
  • L’assureur paie plus tôt : en général à partir de 33 % d’invalidité, contre 66 % pour la Sécu.
  • Entre 33 % et 66 %, la rente est proportionnelle à ton taux.
  • Au-delà de 66 %, tu touches l’intégralité de la rente prévue au contrat.

La rente de l’assureur vient s’ajouter à la pension de la CPAM pour garantir tout ou partie de ton revenu.

Les réglages à vérifier dans ton contrat

Le barème : professionnel, évalué selon votre métier, le plus protecteur. Le seuil : 33 %, déclenchement standard, parfois 16 % en option. La formule : N/66, entre 33 et 66 % (N/66, T/100 ou forfait 50 %). À vérifier aussi : exclusions dos et psy, rente jusqu’à la retraite, capital décès, fiscalité Madelin.
Slide 8 de la vidéo : les réglages à vérifier dans un contrat de prévoyance.

Le barème

C’est la grille qui sert à fixer ton taux d’invalidité :

  • Barème professionnel : ton taux est évalué selon ton métier. C’est le plus protecteur, surtout pour un métier manuel ou technique.
  • Barème fonctionnel : il évalue les gestes de la vie quotidienne, sans tenir compte de ton métier. Risque : un taux faible alors que tu ne peux plus exercer.
  • Barème croisé : une combinaison des deux.

Le seuil de déclenchement

En standard, la rente se déclenche à partir de 33 % d’invalidité. Certains contrats proposent une option dès 16 %.

La formule entre 33 % et 66 %

Trois formules existent : N/66, T/100 ou un forfait de 50 % de la rente. Avec N/66, à 50 % d’invalidité, tu touches 50/66, soit environ 76 % de la rente prévue.

Les autres points

  • Les exclusions « dos / psy » : les maladies du dos (affections du rachis) et les troubles psychiques sont souvent exclus ou soumis à conditions.
  • La durée de la rente : vérifie qu’elle court bien jusqu’à la retraite.
  • Le capital décès : souvent proposé dans le même contrat.
  • La fiscalité Madelin : si tu es entrepreneur individuel au réel ou gérant majoritaire, tes cotisations sont déductibles de ton bénéfice imposable.

Selon ta situation, compare plusieurs offres : à garanties équivalentes, les prix varient. Regarde le barème, le seuil, la formule et les exclusions, pas seulement la cotisation.

Les points souvent oubliés

  • Rien de la Sécu entre 0 et 66 % d’invalidité.
  • Le plafond du Pass : un gérant à 70 000 € ne touche que 34 % de son revenu en invalidité totale.
  • Une pension brute et imposable : CSG, CRDS et Casa, puis l’impôt sur le revenu.
  • Une pension révisable : elle peut baisser ou s’arrêter si ton état évolue.
  • Le barème fonctionnel : un risque de taux faible pour un métier manuel ou technique.

À retenir

Les 6 points clés. Invalidité = incapacité durable : au moins 2/3 de capacité perdue, état stabilisé. Reconnue par le médecin-conseil de la CPAM, révisable si l’état évolue. Sous 66 % : rien de la Sécu, pas de pension proportionnelle au taux. 30 % ou 50 % du revenu moyen des 10 meilleures années, plafonné au Pass. 2 002,50 € par mois au maximum en invalidité totale, jusqu’à la retraite. La prévoyance complète, avec une rente selon votre taux, souvent dès 33 %.
Slide 9 de la vidéo : les 6 points clés.

Avant l’invalidité, il y a souvent un long arrêt de travail : retrouve les règles dans l’article Arrêt maladie des indépendants : combien touche-t-on vraiment ?. Et pour les garanties d’un contrat TNS, la page Prévoyance des indépendants.

Sources

  1. ameli.fr — Pension d’invalidité : définition et conditions
  2. ameli.fr — Montant de la pension d’invalidité
  3. Apicil — Prestations 2026 des artisans-commerçants
  4. April — Invalidité-décès des indépendants : changements 2026
  5. Coover — Barèmes et taux d’invalidité en prévoyance

Chiffres vérifiés le .

Les contenus de ce site sont une information générale et ne constituent pas un conseil personnalisé. Pour ta situation, rapproche-toi d’un professionnel (expert-comptable, conseiller en assurance).

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